LE FUNK DES UNS S'ARRETE OU COMMENCE LE FUNK DES AUTRES... Qu'est-ce-qu'un Funkosaure? Un reptile qui se réchauffe au Funk? Un dinosaure du Funk? Un être qui écoute du Funk aux aurores? Un peu de tout cela, oui, mais en tout cas c'est bien un cousin du Funkasaurus mentionné à l'occasion du "Uncut Funk" de Parliament. Mais encore, alors que le Funkasaurus se nourrit exclusivement de P-Funk, le Funkosaure est omnivore, d'où le "o". Le Funk est vaste... Il n'existe pas non plus de Funkosaure en chef, ni de codex du Funkosaure, seule compte la conviction intime. Nous connaissons une belle brochette de spécimens et nous allons vous faire partager leur régime funkalimentaire. Si toi aussi, tu souhaites nous entretenir de ta funkosaurité, écris-nous! Entretien avec un Funkosaure 3 - MA GUENON Ma Guenon débute la batterie en jouant avec des copains de lycée à Rennes. Le groupe s’appelle Pétrole et écume les bars de Rennes et Dinard, balançant un funk plein d'enthousiasme devant un public en dockside, soit, mais un public conquis qui en tombe même le pull des épaules. Celui que l'on appelait alors Willy Schull milite aussi au sein du BBT Gang, une bande de joyeux drilles amateurs de disco funk, de Pat'defs, de chemises aux cols pelle à tarte et bien entendu de séances de jacuzzi ultra hot. C'est en 1989 qu'il rencontre les membres de Sepia Seca, par le biais d’une petite annonce «groupe de funk cherche batteur». On verra alors débarquer un être fluet et encore hésitant, adolescent funk au guidon d'un magnifique 102. Il est désormais pote avec les frères Ma Groin et vient souvent taper la jam avec les tentacules de Sepia Seca. Il entraîne avec lui l'immense Jon, le clavier de Pétrole. À son tour, Jon ramènera l'extra-terrestre P-Luke Blouson de Skaï. Demain les Poulpes est né. Ma Guenon révèlera son incroyable talent de graphiste et de maquettiste en réalisant la pochette de l’album "Canicha", en collaboration avec Bourrâne et Mémé Funk. Cette pochette sera d'ailleurs primée comme la pochette la plus kitsch de 1995 dans la presse spécialisée. On se rappelle qu'à cette occasion nos 3 lascars avaient tranquillement aspergé de plâtre le garage familial, en sculptant le magnifique poulpe rose de la pochette. C'est d'ailleurs une époque fertile en concepts artistico philosophiques, et ce n'est pas par hasard que l'on le surnomme "Ôcre". Il fabrique toute une gamme de meubles ultra futuristes en fibre de verre et passe son temps à dessiner, quand il ne joue pas de la batterie ou des percussions avec son air de Lapin mécanique. On lui doit aussi la célèbre phrase "dans la musique, il y a les artistes et ceux qui louent les camions" qui donnera lieu à une violente polémique au sein du groupe. Celui qui prône la pensée horizontale remet ça, réalisant la pochette de «Josiane et les Funkonautes» en collaboration avec Mémé Funk, celle de «J’habite pas à New York», celle de «Peuple Andréïde lève toi!» en collaboration avec Ovnivone, celle de «Le Sillon du Funk» en collaboration avec Mémé Funk et enfin, la pochette de "Y-a-t'il une vie Après le Funk ?" en collaboration avec Mémé Funk. C'est Ma Guenon qui avec Mémé Funk assure la réalisation des pages de Ma-Gloove. Qu'est-ce-que le Funk? Tellement sexe qu’on ne pense plus à ce que l'on fait. Comment as-tu rencontré le Funk? Vers 14 ans, au milieu de The Cure, U2 et Sisters Of Mercy, un morceau a surgi, c'était "Upside Down" par Diana Ross. Il me plaisait tellement que j'ai écrit le texte en entier sur ma trousse d'écolier, alors que les groupes de New Wave n'avaient le droit qu'au titre. Puis j'en ai parlé à un pote de classe, Mike le guitariste de Petrol qui m'a dit que c'était du Funk. Avec lui j'ai découvert la partie apparente de l'iceberg, ceux qui étaient médiatisés en France (Prince, James Brown, Earth Wind and Fire, George Benson...). Puis vers 18 ans j'ai fais la connaissance des Frères Ma Groin (Mémé Funk, Ovnivone et Kazoramax). Je m'en souviens très bien, la première fois que je suis allé chez eux, ils m'ont fait écouter l'album "Funkentelechy Against the Placebo Syndrome" de Parliament. Ca m'a troué le cul, c'était comme si j'avais toujours connu cette musique, le coup de foudre. Cela m'a paru tellement foisonnant que j'avais l'impression qu'ils auraient pu faire un album avec chacun des morceaux. J'étais emballé,déballé même, d’ailleurs c’est le même soir que j’ai découvert la musique de Sepia Seca le groupe à l’origine de Demain Les Poulpes. Des grand moments de Funk dans ta vie? Un jour, alors qu'on mangeait entre potes, Ovnivone faisait des digressions orales de cosmonaute, et je fus pris d'une illumination subite. Sans plus réfléchir, je lui glissai une boulette de viande dans l'oreille. Une vraie inspiration venue du monde de l'enfance. Le bougre n'a pas apprécié cet humour totalement absurde. Depuis nous sommes réconciliés et cette anecdote est restée dans les annales du groupe. À part ça, des heures de danse hypnotique aux concerts de Graham Central Station, Bootsy Collins, Roy Ayers et Zapp. Ton Funk préféré? J'ai un faible pour les tempos lents comme "Sir Nose D'Voidoffunk" de Parliament, "Shakey Ground" des Temptations, "The Booty" de Fatback Band, "Holy Ghost" des Bar Kays (j'en profite pour dire à Mémé Funk que j'ai une version de 8'29" de Holy Ghost, grave), "More Bounce to the Ounce" de Zapp ou "You Can Have Watergate Just Gimme Some Bucks And I'll Be Straight" des JB's. Enfin un morceau qui n'est pas au tempo lent mais que j'aime par dessus tout, "If You Got Funk You Got Style", sur l'album "Hardcore Jollies" de Funkadelic, où Clinton chante dans un style ahurissant, ultra free et déjanté, mettant en pratique le texte. Tout se tient, un vrai coup de génie, du grand art! En fait ce morceau dépasse les clivages, pour preuve, quelques amis qui écoutent de la chanson française m'ont confié beaucoup l'aimer... Tes ingrédients préférés dans le Funk? En concert, j'aime les musiciens qui jouent avec le public, quand on sent les morceaux souples et capables de s'adapter au contexte. Un riff qui s'aère ou qui se densifie pour accueillir soit une section cuivre, soit un chant, soit une jam, ou encore faire participer le public, puis un bridge envolé pour libérer la pression accumulée. J'aime aussi le concept du chef d'orchestre que l'on retrouve dans certains groupes de funk, un peu comme dans le jazz. Ce personnage qui relie le public aux musiciens. Il atteint des sommets dans le funk, avec James Brown sublimant l'image du chef d'orchestre en une pilule d'énergie sexuelle. J'aime les trucs étranges ou inattendus qui font remuer les fesses comme on tend l'oreille. Enfin, j'aime me prendre une bonne suée. Ton plat préféré? Le kigafarz, c'est un plat Breton, un petit salé accompagné d'une farce faites à partir de farine de blé noir, typique. Ton fim préféré? "Rashomon" de Akira Kurosawa Ton livre de chevet? "Les âmes fortes" de Jean Giono Ton jeu préféré? La bataille de polochons, y'a pas de règle et ça défoule sans faire de mal. 5 LP qui ont bien tourné ces derniers temps sur ta platine? We All Know Who We Are - Cameo. Un album chromé et scintillant, des grooves aériens ultra dansants obtenus par un jeu et des arrangements over-maîtrisés, rien n'est laissé au hasard, une coupe de champagne, un grand crû de funk 1977, un bijou. Ca commence avec "Inflation", une basse batterie ultra simple, qui martèle le temps, agrémenté de percussions gouttes d'eau. Les mecs discutent d'inflation et se marrent puis chantent des choeurs comme une section rythmique de cuivres avec des accords très beaux. Ca continue avec "C On The Funk" Une première partie très serrée avec un riff où basse et guitare se suivent, la pression monte jusqu'à la deuxième partie qui libère le jeux avec un riff encore simplissime, une batterie poum tcha (mais tellement funk, merci Larry Blackmon pour ton jeu décidément génial) avec la basse qui appuie tous les deux temps et une guitare sautillante qui tricote le tout, un des mec nous parle de Spirit of Funkiness. Puis ça se calme avec " Why Have I Lost You" un slow comme seul Cameosait les faire, encore très simple mais avec des arrangements... et des voix romantiques et superbes. La première face finit sur "Stand Up". Là le jeu se durcit, un bon gros morceau de funk noyé dans les applaudissements d'un public sans doute fictif mais qu'importe et même tant mieux, c'est si bon! La deuxième face commence avec "We All Know Who We Are" une ballade typiquement Cameo, ponctuée de cuivres rythmiques funky, tapissée de choeurs cristallins. Puis ça repart avec "It's Serious" un disco instrumental ad Lib de 8 minutes avec une basse clownesque, et une guitare qui ne s’arrête jamais, tapissé d’un solo infini de Rhodes galactique puis un bridge glamour ultra court et ça repart. L'album se termine sur "It's Over", un slow, encore une fois comme seul Cameo sait les faire. Un basse calquée sur la grosse caisse, quelques interventions brèves de cuivres et surtout des voix cristallines et romantiques à faire pleurer, de la guimauve de première classe, superbe. My Radio Sure Sounds Good To Me - Larry Graham. Ca commence fort avec "Pow", un Funk endiablé où Larry chante "pow, I got you", tout est dit et il nous tient, avec des cuivres funky à cent à l'heure, un jeu de charleston ultra free une basse complètement boogie. Au milieu du morceau, un solo de synthé avec un son à la George Duke, puis Larry nous assène un basse-batterie monstrueux hérissé de slaps et de charleston fou. Ensuite il y a "My Radio Sure Sounds Good To Me". Un joyeux boogie ternaire sautillant avec une voix toute fraîche. Puis "Is It Love?" Un slow avec une basse bien callée sur la grosse caisse, où la voix grasse et soul de Larry Graham peut s'étaler en toute liberté. Il est accompagné d'une guitare mélancolique, d'un solo disto et d'une plage de synthé galactique... Ca repart avec "Boogie Witcha Baby" funkissime! La deuxième face commence avec "It's The Engine In Me" un riff tout simple slappé tous les demi temps et c'est parti pour 5 minutes de chant complètement inspiré, de vocalises funky "waou waouou", une grosse claque, comment il se promène, c’est ahurissant. Ensuite "Turn It Out" Encore un funk monstrueux truffé de slap et de charleston, les riffs de guitare et de synthé sont trop mignons de simplicité à côté de la marée de basse slappée brut, et ces breaks qui n'ont rien à voir avec le morceau, comme on n'en trouve que dans Larry Graham, superbe. "Mister Friend" là c'est le côté messe de Larry Graham qui prend le dessus (Je crois qu'il fut un temps pasteur ou prêcheur), j'aime moins mais le morceau est très beau, paradisiaque, il fait l'apologie de l'amitié. Pour finir "Are You Happy", "are you happy with the music we play?" nous demande Larry avec de joyeux chœurs infantiles et enthousiastes. Un orgue Hammond vient parsemer l'ensemble de quelques solos et le morceau se finit avec voix et claps, sans doute pour nous rappeler que Larry Graham vient du temple, du gospel. Funkentelechy vs. The Placebo Syndrome - Parliament. Un classique de P.Funk avec sa pochette magnifique illustrant un concept fou de Clinton qui se transforme en se tirant dessus avec le Bop Gun. Justement, l'album commence avec "Bop Gun", ses envolées de cuivres compressées et de Arp Odyssey qui se répondent et accompagnent Gary Shider au chant. Puis vient "Sire Nose D'Voidoffunk", le morceau de Funk galactique. Clinton se positionne clairement en conteur d'histoire, il est totalement investi dans sa narration, génial, accompagné de choeurs tellement compressés qu'ils semblent venir d'outre espace par onde supraluminique et bien sûr Bernie Worrel qui déverse sa folie au synthé. La première face finie avec "Wizard Of Finance" une ballade en ternaire agrémenté de mini solos de synthé couplés au saxophone. La deuxième face commence avec "Funkentelechy", là c'est la claque, Une batterie autoroute qui accueille le jeu déjanté et fourmillant du groupe et les extravagances de Bernie Worrel, totalement psychédéliques. Il y a dans ce morceau un riff de cuivre des plus joyeux que je connaisse, Clinton encore en conteur avec sa voix qui se déforme et se dédouble au cour de la narration, et quelle conviction dans la voix! ("sing it like you mean it"). Ca se calme avec "Placebo Syndrome" une ballade parcourue de synthé aérien. Pour finir "Flashlight", le tube, avec son fameux synthé basse accompagné d'une guitare funkie, parcouru de Moog complètement schizophrène et de voix qui n'arrêtent pas de changer de son pour ajouter à la confusion maîtrisée du groupe de funk le plus psychédélique de l'univers. Man With The Band - Fat Back Band. J'aime bien la définition de Mémé sur Fatback: "ils veulent seulement nous faire danser!". C'est ça, dans leurs albums, jamais un espace qui soit perdu, tout est rempli de groove. On commence avec "The Man With The Band", 10 minutes de sueurs sur le même riff d'un bout à l'autre du morceau, avec les mecs qui scandent en choeurs "wowowowo" ou "party time it's party time" ou "I like to party" ou "I'm the man with the band" ou encore plus simplement "come on", du funk brut de décoffrage, d'ailleurs ce doit être une jam car le morceau n'est pas construit, je trouve le son de guitare particulièrement génial. Puis avec "Master Booty" ça continue le bon gros funk, avec une rythmique de synthé et une percussion qu'on dirait venue de Mario Kart, aux choeurs seuls deux gimmicks sont répétés tout le long, pourquoi compliquer puisque ça groove! Les gars font tourner encore et encore, que c'est bon. La première face finit avec "Funk Backin" ils ne nous lâchent pas, encore du gros funkavec des cascades de cuivres magnifiques. La deuxième face commence avec "Mile High" un disco avec des petit airs de "La croisière s'amuse", des chœurs réverbérés d'enthousiasme joyeux, on retrouve la percussion de Mario Kart, puis le côté croisière s'amuse se révèle être carrément inspiré, y'a même un piano qui arrive à la fin pour parfaire la vision cocktail. Je me demande ce que signifient exactement les paroles! Puis "I Gotta Thing For You" ça commence en ballade cool avec un chanteur et une chanteuse puis, Ô surprise, le morceau fini sur un boogie irrésistible. Ces sacrés Fatback Band n'ont pu s'empêcher d'en profiter pour faire du funk, ce sont vraiment des accros à la danse. Ensuite il y a "Midnight Freak", du bon gros danse avec une basse tellement ultra funkie qu'à la fin du morceau elle est doublée par des voix. Le chanteur langoureux nous susurre son plaisir de s'éclater avec sa copine à minuit! Enfin, "Zodiac Man", encore du gros funk, un riff de cuivre surdansant fait le répondant à une basse tout aussi sautillante, décidément, rien n'est gaspillé, sur cet album, chaque seconde est une seconde de groove pur jus dans le seul but, nous faire danser, génial. Love Power and Peace - James Brown. Un concert de légende à l'Olympia en 1971, du hard funk sauvage, de l'énergie sexuelle pure. James Brown en grande forme avec dans les JB's un certain Fred Wesley au trombone, normal, mais aussi un certain Bootsy Collins à la basse flanqué de son frère Catfish Collins à la guitare, d'ailleurs il nous fait deux solos fantastiques. Ca groove d'un bout à l'autre, bon dieu, que c'en est à peine croyable. Il existe aussi en vidéo ou l'on peut admirer James en meneur d'hommes avec son groupe et en harangueur de foule avec le public, un grand moment. Et pour finir, quelle est ta vision? Le Funk n'est pas seulement une musique, c’est bien motivant. Entretien avec un Funkosaure 2 - OVNIVONE Le tumultuteux Ovnivone a chanté dans de nombreux groupes de l'underground Rheusois (Le Rheu, bourg de 6000 âmes situé au coeur de l'Ille-et-Vilaine et non loin de Rennes) dont Indisciplines (1982-84), Kaptain Krapox et son Tombeau Roulant (1984-85), Bugeax (1985), Les Géants Verts (1987), Trombikaglation (1987), Sépia Séca (1985-1990), et Demain Les Poulpes (depuis 1990). Sa fougue scénique associée à son humour de derrière les fagôts en font une figure légendaire du W35. On lui doit notamment des tenues de scènes extravagantes, des prouesses scéniques hors du commun ("ma cape, bordel, ma cape!"), mais aussi quelques chorus de Bossamba de toute beauté. Il a écrit, dessiné et rédigé la feuille "Le Petit Débilitos" (1982-85), dessiné pour Sepia Seca et Demain les Poulpes (1988-1995). Une infime fraction de son immense talent graphique peut d'ailleurs être consultée ici. Il a aussi écrit quelques articles pour La Choule, The Rice Tresher, Hard Rock Mag, The Commonwealth Times (1990-1994). Ce rat de vinylothèque rédigera même un mémoire "The story of Soul, Funk and Rap " (UHB,1994)! Il est parti vivre quelques années à Houston puis à Richmond aux US, nous revenant avec une collec de vinyl à faire frémir nos platines mais aussi avec 2 courts-métrages, "Bigger Plans"(1993) et How I lost My Job! (1994) qu'il a écrit et réalisé et dans lesquels il joue. Il a encore participé à d'autres tournages en tant qu'acteur, Waiting For Godard" d'Adam Mc Clelland (1995), et en tant qu'assistant-réalisateur, "Le Coup de pied de l'Ane" Jah (Jean-Albert Héroin) (1995). Enfin, il a animé Ultra Grooves sur Radio Gigamax (Rennes 1992), DJ Squid Hours sur KPRT Houston (Houston, 1992-93) et Atomic Funk (Valence, depuis 2002). Ovnivone est aussi un être plein d'entrain, toujours partant pour une Poibzade dont il ramènera à coup sûr un vinyl d'accordéon funky ou une superbe boîte en peau de Zébulon et qu'il saura utiliser avantageusement pour y ranger les super perles disco-flash ramenées de la Poibzade précédente. Il y a cependant une chose que ce boute-en-train déteste profondément, se faire mettre une boulette de viande dans l'oreille. Qu'est-ce-que le Funk? Un sourire, un rythme, une danse. Comment as-tu rencontré le Funk? En 1979 au Maroc. Mes parents avaient échangé leur baraque avec des copains de mon oncle. J'ai parcouru leur discothèque et j'ai découvert l'album "Secrets " de Herbie Hancock. Des grand moments de Funk dans ta vie? Lors du concert "Sign Peace the Time"de Prince en juin 1987 à Paris. Le nain est monté sur sa tour d'enceintes et a entamé un solo de sa lyre-guitare. Le son quatriphonique a tourné en spirale. Je me suis senti décoller. Ton Funk préféré? Le Funk intergalactique (Parliament, Undisputed Truth, Nytro, Slave, Demain les Poulpes) Tes ingrédients préférés dans le Funk? La flute, les Synthés basse (Mini Moog) ou aérien (Harp Odissey) et les percussions. Ton plat préféré? La blanquette de veau à l'ancienne. Ton livre de chevet? Steppenwolf de Herman Hesse. Il parle des années 1920, du Jazz et de la confrontation entre la culture occidentale et africaine dans une ambiance lugubre et comique à la fois sur fond de contestation de la société bourgeoise. Ton jeu préféré? Le nain jaune 5 LP qui ont bien tourné ces derniers temps sur ta platine? Mothership connection - Parliament. il m'a certainement sauvé la vie. J'étais allé manifester contre la loi Devaquet à Paris en 1986. J'en ai profité pour m'arrêter à Crocodisque, rue des Ecoles, où j'ai acheté ce disque. Le soir des copines m'ont proposé d'aller faire un tour dans le quartier St Michel. J'ai décliné, préferant déguster cet album chez elles. Elles se sont fait courser par les motovoltigeurs de Charles Pasqua, non loin de l'endroit où Malik Oussekine est décédé des suites de son passage à tabac par les mêmes voltigeurs! Don't Let Go - George Duke. Quand le gros George nous asséne son Funk avec un énorme sourire. Il y a plein de soleil dans cet album et d'excellents musiciens. Jo Bataan & his Mestizo Band. Beaucoup de bonne humeur . Une envie de danser. Le métissage de Nueva Yorke. Funk latino avec Rappo Clappo, avant-garde du I Popeu. Nasty Gal - Betty Davis. Quelle hargne, quelle pêche. Une survivante du Funk entourée par des hardcore bluesmen font le Funk. Gratitude - Earth Wind and Fire. Légèreté , détente, décollage pour les galaxies du jazz et du Funk. Très beau. Et pour finir, quelle est ta vision? Le Funk est l'exemple réussi d'un mélange de culture africaine et européenne. Je pense que ce procédé va se poursuivre et que nous aurons la joie de découvrir et d'entendre d'autres formes musicales issues de mélanges culturels. Le Funk va continuer à influencer les musiques de danse. On va donc pouvoir continuer à groover! On n'arrête pas la musique funquée. Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis Entretien avec un Funkosaure 1 - MéMé FUNK Mémé Funk a commencé sa carrière comme bassiste et chanteur dans des groupes locaux aux noms farfelus comme "Rail Bahn" ou "Crépisme Aigu", jeunes pousses musicales de la campagne rennaise du début des années 80 où il croisera le rythme avec de nombreuses célébrités cantonales comme Jéricho, le teigneux chanteur des Nains de Jardins. Lorsque Mémé Funk entre au lycée des Tri Cri (septembre 1984), il a tôt fait de repérer un taciturne et génial guitariste vêtu de noir qui n'est autre que Kazoramax, guitariste du groupe défunt Bugeax. Après lui avoir affirmé qu'il possède un "bon petit doigté à la basse", celui-ci lui propose de monter un groupe avec deux autres ex-membres de Bugeax, Djodjo le batteur et Poibz, alias Ovnivone, le chanteur. Le voici donc bassiste de Sepia Seca, groupe dans lequel son alchimie funquie va opérer 4 ans durant. C'est au sein de ce groupe qu'il développe ses talents de dessinateur, de compositeur, d'auteur et de bête de scène lors des nombreux concerts en Bretagne et sur la côte atlantique, notamment lors des fameuses tournées régionales: "Sepia Seca" (1987), "Pat Def d'Or" (1988) où il cultivera l'art du déguisement métallisé empreint de sueur funquie. Mémé Funk révèle aussi une passion dévorante pour les sons galactiques, se mettant à utiliser toute une gamme de pédales d'effets, avec lesquelles il va tapisse le son du groupe de couleurs psychédéliques. Il s'installe dans la Grotte des Frères Ma Groin, avec Kazoramax et Ovnivone. Ensemble ils montent Demain les Poulpes, continuité de Sepia Seca, marquée par une rencontre avec de petits jeunes pleins d'enthousiasme, Aquaguenon, Jonc et P-Luke Blouson de Skaï. Demain Les Poulpes enregistre l'album "C'est Déjà Demain" (1991). A cette occasion, MFI va révéler son immense talent, à la fois auteur, compositeur, bassiste funquie, chanteur, roadie, ingénieur du son et producteur, enregistrant et mixant sur un 4 pistes analogique dans les locaux d'un petit studio professionnel (le Studio « Belotte » Blanche). Avec Demain Les Poulpes il passe au stade national : radios, télévisions, festivals. Les tournées sont glorieuses à bord d'un van Saviem vintage, il entame le "Ti Toi Quand Tu Parles Tour" (1991). Il enregistre "Canicha" en et part en tournée dans l'hexagone (1995). Mais cela ne s'arrête pas là : sa maison de disque s'apercevant de ses talents de polyglotte lui demande de traduire Canicha et de chanter dans la langue de Nina Hagen pour son premier opus européen : "Pudelfrau" (1996). On le verra même parler de l'art de piloter des mobylettes kitées en rase campagne sur la télé allemande Viva ! S'ensuivent de mémorables tournées et festivals de Funk en Europe et en Amérique: "Rainman Tour" (1997) et surtout "Ma Caravane au Khanada Seumeur Tour" (1997). C'est ainsi que celui que l'on appelle alors Hi-Fi, Tetamobile, André 2000, Congelator, Wonge el Ator puis Mémé Funk va prendre sa dimension internationale. Aujourd'hui, Mémé Funk vit à Berlin où il compose, écrit, remixe et produit de la musique psychofunkoide, des textes futuristes et des toiles cybernétiques pour le plaisir de tous ses potos. Il pond parfois des "Codex", étranges concepts qui frustrent ses amis amateurs de boissons anisées et de jeux de boules, mais ces derniers le lui rendent bien en disant de lui que ses principales qualités sont : "classer ses disques et casser ses potes". Mémé Funk continue de nous enchanter avec ses trouvailles en perpétuelle évolution et sa basse dégoulinante de sueur funque, il participe activement à l'évolution de Demain Les Poulpes. Nous attendons avec impatience son retour sur les planches des podiums près de chez nous. Qu'est-ce-que le Funk? Une musique paradoxale, parce-que les constructions les plus folles peuvent se faire autour de la base ultra simple en 4 temps qui caractérise le Funk. Fabriquez un bon squelette bien solide à base de poum cha poum cha et de gamme de blues, libérez votre fantaisie et le Funk se charge du reste. Rien n'est sérieux dans le Funk, à l'exception du jeu. Et oui le Funk est une musique exigeante qui se joue à la milliseconde près. Le Funk est aussi à la base d'une large gamme de styles, allant de l'expérimental bien underground à l'ultra commercial bien baveux. Une musique intemporelle, parce-que le Funk existe depuis belle lurette et n'est pas prêt de s'éteindre. En fait, sa vibration est en résonance avec notre bien-être physiologique, favorisant la libération de funkendorphines qui vont provoquer cette sensation de bonheur que l'on éprouve à l'écoute de cette musique. Je pense que la base en 4 temps joue un rôle prépondérant dans ce processus. En effet, pourquoi utiliser une base 4, alors que nous fonctionnons désormais en base 10? En plus il existe plein de rythmes qui fonctionnent sur d'autres bases... Peut-on y voir un trait ancestral? Une sorte de plus petit dénominateur commun? Une clé vers l'hypnose? Une musique universelle parce-que le Funk, issu de la culture afro-américaine est un mélange détonnant qui a été adopté par des cultures très différentes. Le Funk est le creuset idéal pour exprimer sa créativité. En plus, pas besoin d'imiter qui que ce soit ou de suivre des standards ou pire, des dogmes: le Funk doit permettre à chacun de trouver son style. Comment as-tu rencontré le Funk? Quand j'avais 6 ans je tripais sur l'album "Never Can Say Goodbye" de Gloria Gaynor mais aussi sur les Beatles et Ray Charles. Tout s'est mélangé dans ma cervelle et le jour où j'ai entendu "The Message", ca a détonné. J'ai ensuite balancé toutes mes économies dans ma première basse, cassé plein de cordes en apprenant à slapper, et réalisé que seul le Funk saurait me guider. Ca tombait bien, Jojo et K-Zoar cherchaient un bassiste funky pour monter Sepia Seca. Ovnivonne nous a rejoint peu après, en route pour moults aventures funky. Notre premier morceau qui s'appelait "Plasmatic Arrival" était déjà bien funky, d'ailleurs nous l'avons récemment recyclé pour en faire "My Cherie Funky". Des grand moments de Funk dans ta vie? Des jams interminables avec mes amis funkosaures. Graham Central Station et Bootsy en concert à Paris, jamais vu des transes collectives pareilles! Jump! Jump! Jump! La première fois que j'ai vu Parliament/Funkadelic sur scène, à Bobigny en 90, un moment qu'on attendait depuis si longtemps. Chuck Brown à Hambourg, 4 heures impitoyables de Gogo. Plus récemment, une soirée en Afrique du Sud, avec 2 claques magistrales: tout d'abord un groupe féminin de percussions traditionnelles à vous faire douter de votre intégrité neuronale, puis un groupe de bal, oui un groupe de bal, mais avec une chanteuse Zoulou invraisemblablement bonne, dans tous les sens du terme, entourée de musiciens pétris d'un groove redoutable. On a eu droit à une reprise hallucinante de "I Will Survive", du style qui vous écrase l'original sous un tonne de Funk massif. Ce jour là, l'Afrique m'a bien expliqué qu'elle est effectivement notre mère à tous et que nous lui devons le respect le plus profond. Ton Funk préféré? Le hard funk, celui qui te dynamite les tympans et fait bouger tes jambes sans que tu t'en rendes compte. Ainsi "Holy Ghost" des Bar-Kays, que j'ai écouté en boucle toute une semaine, tellement il s'approche de mon idéal Funky. Et puis un jour je tombe sur un autre morceau trop funky et c'est reparti pour l'hypnose trémoussante! C'est cette quête du Funk idéal que j'aime tant, elle est sans fin, mais pas en vain! Il y a aussi "Keep It Hot" de Cameo, "Flashlight" de Parliament, "Smokey" de Funkadelic, "F.U.N.K" de Betty Davies, "Bass Man" ou "Big City" de Fatback (le bassiste de Fatback!!!), "Now Do-U-Wanta Dance" de Graham Central Station, "A Real Mother for You" de Johnny Guitar Watson, "Mango Meat" de Mandrill, etc. etc. Autant de morceaux qui m'ont troué le slip. Des fois je tripe sur des trucs beaucoup plus soft, comme "Steppin' Out" de Kool and the Gang (!) ou "Get Down Tonight" de KC and the Sunshine Band. Tes ingrédients préférés dans le Funk? Une bonne grosse "on the one" lancinante qui te donne envie de bondir, une énorme basse vissée sur la grosse caisse et qui claque et qui chewingue, un synthé basse abyssal qui tapisse le son de vibrations hallucinogènes, du synthé galactique qui sème des bulles oscillatoires, du vibraphone cristallin, un clap bien gras, une rythmique de gratte hypnotique pour lier la sauce, avec l'aide d'un string ensemble aérien ou d'une section cuivre mitrailleuse, et bien sûr, la VOIX qui te montre la voie du salut! Larry Dodson des Bar-Kays dans "Too Hot To Stop" ou Rochelle Runnels de Stargard dans "Sensuous Woman". J'allais oublier l'essentiel: la sueur qui coule dans le creux des reins des danseuses de Funk. Ton plat préféré? La pieuvre à la mode thai, au piment, gingembre et poivre vert frais, sur du riz parfumé, avec du thé. Quand c'est réussi, ca arrache tout en douceur, comme le bon Funk. Ton livre de chevet? Le cycle Hyperion de Dan Simmons. Ton jeu préféré? Le baby-foot! 5 LP qui ont bien tourné ces derniers temps sur ta platine? Money Talks - Bar-Kays. J'aime trop ce disque, du Funk à l'état brut. Le jour où je l'ai trouvé, rien qu'à voir l'attitude des membres du groupe sur la pochette, j'ai su que j'allais me ramasser un énorme claque de Funk. C'est un album bizarre en fait, sorti en 78 chez Stax, une fin de contrat il me semble, fabriqué à partir de bandes récupérées entre 72 et 75. On dirait bien des jams jouées pour le seul plaisir, qui n'auraient jamais dû voir le jour, rafistolées à la hâte pour en finir, money talks! Mais alors, quelle trésor de Funk primal! Avec "Holy Ghost" tout est dit! Une énorme base rythmique, rouleau compresseur de graves, des percus tribales, du piano électrique de toute beauté, et la voix de Larry Dodson en pleine forme. Le morceau se termine par une plage de percus avec des timbales à gogo et un gros boaouwww au synthé basse sur la one, une folie dont il existe une version extended d'ailleurs. Larry Dodson libère toute sa soul sur la superbe reprise de "Felin' Alright" qui suit, puis vient un instrumental, "Monster", avec du Rhodes qui se promène entre des falaises de cuivres. "Money Talks", joyeux bordel qui ressemble à du Earth Wind and Fire en plus cru, est suivi d'un slow très soul. Et en dessert, on remet ca avec "Holy Ghost" dans une version ultra gravement funk, remplie de clavinete et de grattes sautillantes, avec un Larry Dodson qui s'amuse avec plein de gimmicks piqués à droite à gauche. Une jam bien cool. Et en plein milieu, l'esquisse d'un thème de "Love to Love" de Donna Summers, say what???? Je suis un gros fan de Larry Dodson qui avec Sugarfoot a fait du OW! une institution, de quoi inspirer avec bonheur un certain Larry Blackmon. Skin Tight - Ohio Players. Une des plus belles pochettes qui soit, surtout une fois dépliée. Le Funk de Ohio Players serait plutôt du genre tout en retenue, glamour mais avec une pointe sauvage, et de de temps en temps des trucs de dingue comme "Funky Worm". On démarre avec 8 minutes de bonheur, "Skin Tight" scandent les choeurs sur une magnifique autoroute Soul-Funk émaillée de petits solos discrets de Rhodes, de scats brefs mais rageurs de Sugarfoot, le tout baignant dans une reverb scintillante. Puis vient "Streakin' Cheek to Cheek" avec sur la droite une gratte, ouah, et sur la gauche un clavinete wah-wahté de folie, et soudain du Hammond qui surgit tel une murène de son trou. C'est trop bon tout ca. Après, "It's Your Night", où Sugarfoot nous chante "I'm just a man" dans un style tellement blues, tellement cool... Et puis, lorsque le morceau se termine, le piano se met à délirer dans un style très Beethoven, mais réussit à éviter la Claydermanite grâce à des accords jazzy évoquant davantage Broadway que des chandeliers posés sur un piano. La face B démarre avec "Jive Turkey", un funk bien lent, avec une basse parfaitement calée sur la grosse caisse, guitare et piano électrique se partageant la rhytmique, des cuivres par là dessus et c'est parti pour une grosse jam comme on les aime. Ceci nous mène au paradis, "Heaven Must Be this", un merveilleux slow plein de recoins funky, enrobé de cordes et de flute et bourré d'harmonies superbement imbriquées. Pour finir, le très Sly "Is Anybody Gonna be Saved" nous rappelle que beaucoup de funkymen ont débuté à l'église avec le gospel. Hot Pants - James Brown. Juste quelques moment de l'oeuvre colossale de James Brown et ses JB's. J'aime tout. Le son très aéré, les rythmiques ultra répétitives, des "on the one" ultra précises, systématiques, trop classes, des solos à gogo, en particulier ceux de Fred Wesley qui me font toujours autant triper, même si c'est à peu près toujours le même plan, en fait il a raison, il a trouvé un truc tellement fort qu'il aurait tort de ne pas le refaire à chaque fois que l'occasion se présente. "Blues And Pants", 9 min 40 de bonheur total avec tous les ingrédients chers à James Brown, les riffs killers, les interventions vocales du Godfather, les bridges. "Can't Stand It", que dire? La batterie est surnaturelle, les grattes sont d'une funkitude inimitable, les riffs de cuivres réveilleraient un mort, et la basse, la basse! Un solo tout rond d'une beauté... "Escap-ism", any good to you? Trop fort la rythmique de gratte et la basse au doux son légèrement saturé qui tournent à l'obsessionnel. Un shunt en plein milieu et ca repart à l'identique, mais avec une floppée de Hammond typiquement James Brown, puis un solo de saxophone bien free (Pee Wee Ellis?) et ca cause et ca cause, ca déconne, ca blague (Fred Wesley: I am from L.A....). Bordel que ca groove! On finit avec l'interminablement génial "Hot Pants" dans lequel James Brown nous chante, hurle, sussure son amour des shorts ras-la-moule. Good God! Night Fever- Fatback Band. J'adore cet album- J'adore ce groupe. En fait un immense groupe de Funk. J'ai à peu prés tous leurs albums, dont les 2/3 sont fabuleux, mais je crois que c'est celui-là qui tourne le plus sur ma platine. D'abord il y a la pochette qui m'attire comme un aimant. Devant, un pauvre slip trempé de sueur en train de lâcher prise, trop funky! Derrière, la bande de papys du funk la plus sévère qui soit! Notez l'absence totale d'arrogance de ces types, ils veulent seulement nous faire danser! Admirez le superbe costard rose de Johnny Flippin, un des plus grands bassistes de tous les temps. Notez celui en costard blanc avec le sourire humble, c'est Bill Curtis, génial fondateur, batteur, chanteur de ce groupe de folie. On démarre avec "Night Fever", un disco rutilant complètement hypnotique avec son beat tout en pompes, en percus effrénées, le tout baignant dans un océan de String Ensemble. Et puis vient un solo de Rhodes, ouy ouy ouy. Après, c'est le massacre avec "A Little Funky Dance". Quelle modestie, c'est en fait a Giga Funky dance! Un gros rouleau compresseur qui provoque une irrésistible envie de danser. Puis on se calme avec "It's That The Way You Want It", slow onirique, mais avec cette omniprésente grosse pulsation à la basse, Johnny Flippin joue simple mais toujours le truc parfait avec un son ultra grave. Ensuite revient une grosse claque de Funk, "The Joint", encore du Funk massif impitoyable à vous rendre complètement raide avec son tapis de basse bondissante, ses riffs de cuivres kiffeurs, son clavinete hypnotique et tout à coup, un bridge ultra glamour où le String Ensemble se déverse dans l'allégresse, et sur lequel flottent de superbes vocaux, et blam, un break et ca repart de plus belle et la sueur coule à flots. L'autre face est moins violente, mais "The Booty" c'est encore le gros Funk qui revient à la charge, du clavinete à gogo, des percus envoûtantes et des bridges d'enfer. Il y aussi "No More Room On The Dancefloor", complètement déjanté avec ses choeurs extra-terrestres, du synthé bien galactique et toujours la grosse basse et le clavinete hypnotique. En clôture, on a encore droit à une reprise complètement disco de "December 1963 (Oh What A Night)", complètement funky aussi! ca dégouline de cuivres, de synthé seventies, de choeurs de faussets, de violons et la dessous la grosse Fender Précision doublée avec le clavinete. Fatback, un groupe de fous. Mothership Connection - Parliament. Pour finir, l'incontournable P-Funk. Le grand classique, un album indispensable avec sa pochette mythique et les célèbres "P-Funk" et "Mothership Connection". Mais il y a aussi "Unfunky UFO" et sa superbe descente avec son "yeah yeah yeah yeah yeah oh oh". Avec ça, le typique doublé basse-guitare de Parliament, clé du groove. N'oublions pas non plus les envolées galactiques de l'incroyable Bernie Worrell. C'est sur Supergroovalisticprosifunkstication que Bernie nous assène une magistrale leçon de synthé, oui, il se balade comme un gros insecte halluciné dans un champ de funk massif. D'ailleurs il va revenir plus tard dans l'album, en pire! Puis on a "Handcuffs", pour moi un des plus beaux morceaux de Parliament, à cause des voix, surtout celle de Clinton. C'est marrant, mais c'est le morceau qui m'a révélé son génie, cette facon de chanter est trop folle, "I don't care"! On a aussi une monstrueuse wah automatique sur la basse, c'est y pas beau ca? "Give Up The Funk", encore un gros classique, le genre de truc qui viellit pas, qui peut se clôner à l'infini. Et lá débarque mon préféré, "Night Of The Thumpasorus People", le plus déjanté, le plus funky, le chef-d'oeuvre! Gaguegooga gaguegooga Gaguegoogaga... Non seulement la ligne de basse finale est l'une des plus belles de l'histoire du Funk, le String Ensemble scintille de mille feux, mais en plus l'insecte halluciné est de retour! Ecoutez la folie furieuse de Bernie Worrell qui s'exprime librement tout au long du morceau à travers le solo de synthé le plus dingue, le plus génial, le plus héroique, le plus messianique qui soit! "Free your mind and your ass will follow". Et pour finir, quelle est ta vision? Le Funk continuera d'exister tant qu'il n'y aura pas de championnats du monde de Funk, tant qu'il n'y aura pas de dogme dans le Funk, et tant qu'il y aura des danseuses en sueur (avec le slip qui en tombe) pour l'honorer. Avoir eu la chance d'être touché par la lumière du Funk ne signifie pas qu'on est plus intelligent ou meilleur, restons humbles.